(Agence Ecofin) – Les céréales occupent une place centrale dans les systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest. Face aux risques de pénurie ou de hausse des prix, les gouvernements peuvent être tentés de limiter les sorties de ces produits, réduisant ainsi les opportunités offertes par un marché régional dynamique.
Au Burkina Faso, le gouvernement a levé, le mardi 21 juillet, la suspension des exportations de farine de céréales (mil, maïs et sorgho), une mesure instaurée depuis 2022. Si, d’après Ouagadougou, cette décision vise à favoriser l’écoulement des stocks des unités nationales de transformation, elle illustre les arbitrages permanents auxquels sont confrontés les États ouest-africains, entre protection du marché intérieur et valorisation des opportunités offertes par des échanges commerciaux régionaux dynamique.
Un marché intra-régional de plus de 311 millions $
Un rapport publié en 2025 par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) décrypte le rôle central de cette catégorie de produits alimentaires dans l’intégration des marchés régionaux. Intitulé « Le commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest », ce document souligne, par exemple, que les produits céréaliers représentent environ 13 % de la valeur du commerce alimentaire intra-régional, soit près de 311 millions USD par an en moyenne sur la période 2014-2022.

Part des produits céréaliers dans les échanges alimentaires intra-régionaux
Toutefois, cette valeur ne reflète qu’une partie de la réalité des échanges. Le rapport estime que 84 % du commerce régional des céréales n’est pas enregistré dans les statistiques officielles. Ces flux reposent notamment sur des réseaux de commerçants opérant de part et d’autre des frontières terrestres, et échappent en partie aux circuits statistiques classiques.
Cette réalité est particulièrement marquée au sein de l’espace CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), où les réseaux commerciaux informels jouent un rôle majeur dans l’approvisionnement des marchés.
Le maïs domine les échanges
Le commerce intra-régional de produits céréaliers en Afrique de l’Ouest repose principalement sur le maïs, qui représente environ 35 % de la valeur des échanges enregistrés dans la région. Cultivé et consommé dans la majorité des pays de la zone, il bénéficie d’un réseau de commercialisation dense, permettant de répondre aux variations saisonnières de l’offre et de la demande.

Part des produits céréaliers dans les échanges intrarégionaux
Par ordre d’importance, il est suivi par le riz (31 %), la farine de blé (17 %), le mil (7 %), le sorgho (4 %), ainsi que d’autres produits céréaliers. Selon le rapport, les échanges céréaliers suivent généralement une logique de complémentarité entre les zones de production excédentaire et les marchés déficitaires. Les pays sahéliens et côtiers entretiennent ainsi des relations commerciales régulières autour des céréales destinées à l’alimentation humaine et animale.
Le corridor entre le Niger et le Nigeria illustre cette dynamique. Les deux pays entretiennent des échanges croisés de céréales qui témoignent de l’importance des réseaux transfrontaliers dans l’approvisionnement alimentaire régional.

Flux de commercialisation de maïs
Le Bénin joue également un rôle clé dans ces circuits commerciaux. Le pays exporte du maïs vers le Nigeria, tout en important des volumes depuis le Togo, traduisant l’interconnexion croissante des marchés céréaliers ouest-africains. Il constitue également une importante plateforme de transit et de réexportation de riz vers certains marchés voisins, principalement le Nigeria.
Par ailleurs, la forte proportion de flux non enregistrés montre que le commerce régional des céréales dépasse largement les chiffres disponibles. Les échanges informels, souvent réalisés par de petits commerçants et transporteurs, permettent d’assurer la circulation rapide des denrées entre les territoires.
La situation pose un défi pour les politiques publiques. Une meilleure connaissance de ces flux peut contribuer à améliorer la planification des stocks, renforcer les infrastructures commerciales et mieux intégrer les marchés agricoles régionaux.
Stéphanas Assocle
Edité par : Feriol Bewa
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